Chapitre 1 – LE POULS RADIAL – SON LANGAGE BINAIRE

1 HISTORIQUE DE LA PRISE DU POULS RADIAL ET DU RAC

Dans la démarche qui est la nôtre et qui a été initiée par le Dr P.Nogier, le médecin doit prendre le pouls de son patient à l’aide de la main gauche et, dans la majorité des cas, avec le pouce gauche. Cette habitude libère la main droite qui manipule les instruments.
Pour éclairer cette manière de faire, il faut encore se référer au Dr P. Nogier qui, acupuncteur de formation, s’était spécialisé dans l’acupuncture auriculaire et qui, pour ce faire, s’était assis en bout de table d’examen, près de la tête et des oreilles du malade qu’il étudiait. Il prenait donc le pouls gauche du patient (membre supérieur G plié et donc main près de l’épaule) avec son pouce gauche plus ou moins allongé sur et dans l’axe de l’artère radiale. Et c’est dans cette position favorable qu’il avait d’ailleurs perçu pour la première fois le pouls dynamique, réactif, réflectif. Ajoutons qu’il avait l’habitude de prendre les 14 pouls statiques et classiques des acupuncteurs.

Il décrivit ce phénomène dynamique comme un réflexe provoqué par des stimulations auriculaires diverses et assigna au cœur l’élément moteur de ce réflexe, d’où l’appellation de Réflexe Auriculo-Cardiaque (RAC) auquel il attribua deux formes. Selon que l’onde, apparemment stationnaire, lui semblait descendre vers le pouce, il parlait de RAC positif et au contraire, si celle-ci lui paraissait remonter vers le coude, il parlait de RAC négatif. Ultérieurement il abandonnera le RAC pour lui substituer le « Vascular Autonomic Signal » (VAS).
Focalisé sur ses Réflexes + ou –, il ne semble pas avoir perçu le langage basal ondulatoire et modulé qui sous-tendait les RAC, conçu que c’était la paroi de l’artère radiale et non le cœur qui était le support réel de ce pouls dynamique.

Il se focalisa aussi sur les seules oreilles qu’il considéra comme étant le radar émetteur principal et attacha une importance secondaire à tout le revêtement cutané qui est aussi l’interface propre à engager le dialogue pulsologique. Finalement il abandonna les points d’acupuncture classiques pour privilégier les points auriculaires. Or tous les points d’acupuncture du corps ont leur importance ; chacun vise une cible propre ; il n’en reste pas moins vrai que les points auriculaires ciblent particulièrement les relais cérébraux.

 

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2 LE LANGAGE DU POULS RADIAL

D’un réflexe vers un langage continu.

Le RAC positif et le RAC négatif du Dr Nogier n’existent pas de manière indépendante. Les deux réflexes constituent le recto et le verso, le côté pile et le côté face d’un même mouvement de bascule. Ce « binôme alternatif » est donc constitué de deux ondes plus ou moins espacées selon l’importance de l’information qu’il délivre : on dit que l’ondulation, ou l’alternance, est forte quand ces ondes sont amples et très espacées et qu’elles sont faibles quand elles sont peu amples et rapprochées. Entre les alternances fortes et faibles tous les intermédiaires sont possibles, d’où le qualificatif de langage modulé.

Le pouls radial n’est donc pas le siège d’un réflexe mais d’un véritable langage continu spontané et modulé qui s’exprime 24 heures sur 24. Notre problème sera d’entrer dans ce discours, de parvenir à faire taire ce monologue pour établir un dialogue.

J’avais déjà inopinément rencontré ce langage quand j’exerçais mes fonctions de jeune externe à l’Hôtel-Dieu à Paris en 1960. Chargé chaque matin d’examiner un malade, entré pour infarctus myocardique, et de prendre son pouls (étude de sa vitesse, de ses anomalies rythmiques…), je fus, un jour, le témoin étonné du phénomène suivant. Ce pouls était régulier mais peu perceptible jusqu’au moment où une infirmière vint déposer dans son étui, à la tête du lit du patient, le thermomètre à mercure. Ce pouls si léger devint instantanément le siège d’une exaltation, d’un éréthisme vasculaire continu ! A ma demande l’infirmière retira le thermomètre et le pouls se calma aussitôt, il redevint « silencieux ». Par contre, si je le retirais moi-même, tout en le gardant dans ma main, l’éréthisme persistait. Ce phénomène  pulsologique de toxicité, lié au mercure, se propageait à travers moi jusqu’au patient ! N’étant même pas encore acupuncteur, je ne compris pas ce qui se passait, et j’accusais mon ignorance naturelle en cardiologie. Il s’agissait pourtant là d’un vrai phénomène pulsologique, une information toxique par conduction (soit par le lit, soit par moi), que nous reverrons plus tard.
Cet exemple illustre bien ce dialogue, ce langage binaire (silences et binômes alternés), que nous présentons. Soulignons en outre ce que notre observons : le caractère instantané de l’information transmise par le pouls, ce qui implique l’effacement immédiat de l’information précédente ; le Dr P.Nogier signala  le premier ce phénomène. Ce coup de chiffon rapide sur l’ardoise est absolument indispensable pour que se poursuive le débat pulsologique.

Le pouls silencieux, muet, à plat ou à zéro.

Dans l’observation que nous venons de présenter, notons que le pouls du malade était au départ, par hasard ou par chance, assez peu perceptible, il était en phase de silence.  L’obtention volontaire de ce silence en continu fera longtemps l’objet de notre quête.
Décrivons pourtant maintenant cet état du pouls au repos, second volet de ce langage binaire.
L’absence de binôme alternatif définit le pouls silencieux. Celui-ci, peu perceptible, semble immobile, inerte, à plat, comme celui de notre malade avant l’arrivée du thermomètre. La seule sensation recueillie est celle de l’onde mécanique, passive initiée par la systole cardiaque. Cette onde passive déforme très peu l’artère. Elle apparaît assez plate, allongée en fuseau et très fugitive (9 mètres par seconde). Elle s’oppose donc nettement aux ondes actives de la systole artérielle, responsables du binôme alternatif. Ces ondes prennent naissance dans la couche musculeuse de la paroi artérielle. Leur morphologie en « dôme » est nette : elles sont amples, presque pointues. Les ondes A et B, qui constituent ce va-et-vient, ce « binôme alternatif », occupent des sites sensiblement stationnaires et non fugitifs.

Le pouls silencieux plat, au repos, est propre au sujet calme et immobile, allongé sur la table d’examen. Cet état silencieux ne fût pourtant au rendez-vous qu’une fois sur deux et même moins et ce pendant plusieurs années. « Un éréthisme actif spontané », pouvait persister quand le patient était allongé et au repos sur la table d’examen. Or, comme il était nécessaire de faire « taire » ce monologue, pour entamer le dialogue, il devenait impératif de trouver le moyen de le mettre à l’écoute, de le mettre à plat au départ, avant de l’interroger, de lui poser des questions précises.

A quoi correspond le monologue spontané du pouls d’un sujet au repos ? Il témoigne des influences informatives diverses qui imprègnent l’individu. Cette expression modulée et spontanée du pouls, du sujet au repos, a longtemps fait l’objet de toute notre attention lors du premier contact avec notre patient. Notre souci est donc constant: tenter de dépister les éléments perturbateurs et les corriger.

Le langage biophysique du pouls, de nature ondulatoire, a ses lois, il obéit à des règles simples : sommation quand 2 ondes sont en phases, et soustraction à zéro quand elles sont en opposition de phases ; nous retrouverons ces règles lors de la description pulsologique des points d’acuponcture.

Le langage binaire du pouls est fait de silences et d’ondulations actives. Nous verrons que ces oscillations, ces va-et-vient des ondes A et B, peuvent se présenter sous deux formes : les longitudinales et les transversales. Mais ces formes, qui dépendent d’une bonne perception tactile et qui sont nécessaires au chercheur, ne sont pas encore indispensables au praticien.

 

 

                                                                  Le binôme alternatif.

 

3 CONSEILS PRATIQUES

A l’issue de cette première exploration du pouls, il est utile d’ajouter quelques précisions.
Quel que soit l’emplacement du médecin examinateur (assis à la tête du patient allongé ou debout à ses côtés ou même de dos s’il est assis) il est toujours possible de prendre le pouls. Cependant un certain mode opératoire doit être suivi.

Le pouce scrutateur est généralement le gauche (pour un praticien droitier moteur). Il est posé dans l’axe de l’artère radiale comme le faisait le Dr P. Nogier, l’extrémité du pouce dirigée vers le coude du sujet. La pression doit être faible et légère: l’artère doit seulement être un peu ovalisée. Il est parfois nécessaire de placer le poignet du patient en légère extension afin de mieux faire saillir, mieux tendre sur le mur osseux radial une artère un peu enfouie ou un peu molle ; ceci évoque les cordes du violon qui saillent sur le chevalet.

Le pouce doit surfer sur et entre les deux ondes du binôme. Et comme ce binôme a tendance à glisser très lentement le long de l’artère, il faut s’habituer à accompagner le glissement de cet intervalle.

Habitudes ancrées : que les montres bracelets, clés de voiture (à piles), tant du praticien que du malade, soient retirées et posées à distance du champ (pour des raisons moins électromagnétiques que toxiques (piles au mercure)), que les portables soient éteints, que les paires de lunettes  du patient soient enlevées… Nous y reviendrons.

Exercez-vous souvent à prendre votre propre pouls (de préférence après les repas). Cet exercice permet de faire de nombreuses expériences en autotests (pour des contrôles divers que nous reverrons). Votre perception progressera et vous constaterez plus tard l’acuité supérieure de votre pouce gauche par rapport au droit.

Cette discipline clinique nécessite un minimum d’acuité tactile. Comme pour l’odorat ou le goût, il n’existe pas encore d’instrument scientifique pour remplacer le « tact ». Quel instrument, quel appareil, dénué de tout champ électromagnétique perturbateur, pourrait remplacer le « tact » ? Bien difficile à concevoir. Et comme il n’existe pas de science qui n’aboutisse à une visualisation, la Palpation du pouls ou « Sphygmologie » demeurera une approche médicale purement clinique. Mais la clinique n’est-elle pas l’essence même de la médecine ?

CONCLUSION.

Base de toute éducation du pouce : le Pulsologue doit rechercher les 2 ondes alternatives, le va-et-vient du binôme alternatif, pour bien positionner la partie la plus sensible, la pulpe du pouce, entre ces deux vagues. Cette « mise en place » est primordiale car le creux de cette vague, à peu près stationnaire n’est pas réellement fixe : il est animé d’un très lent glissement d’amont vers l’aval et d’aval vers l’amont. Ceci conduit donc à ajuster régulièrement le pouce, par un léger glissement en amont ou en aval.